Star Citizen Stories : L'Aube suspendue

Star Citizen Stories : L'Aube suspendue

Comme certains le savent déjà, j'ai commencé une série d'écriture suite au concours organisé par la TradTeam, qui m'a donné une envie de m'y mettre un peu plus en profondeur. J'ai commencé avec  Concerto pour Dellin, que vous avez peut-être pu écouter sous forme de narration vidéo sur notre chaîne Youtube.

Je vous invite donc à plonger dans la seconde nouvelle de ma série Star Citizen Stories, avec en premier lieu la version écrite, qui sera suivie (sans doute le week-end prochain) par la version narration-vidéo. Bonne lecture ! :)


L'Aube suspendue

La sonnerie retentit enfin. Même si les cours de l’ancien étaient toujours aussi riches et pertinents, cela faisait du bien de souffler un peu. Quatre heures de politique planétaire, ce n’était pas pour les faibles d’esprit.

Morgan me regarda en arrière, avec toujours ce petit sourire compétitif et malicieux. Je lui adressai un hochement de tête désolé en guise de réponse, après lequel nous nous mîmes en route pour le self. Espérons que la pizza soit meilleure que celle de mardi dernier. Rien que d’y penser, un désagréable goût d’anchois rance me vint en bouche. Beûrk.

Quelle journée en tous les cas ! La pâle lumière de Rhetor inondait l’intérieur en passant par les fenêtres trop peu nombreuses du bâtiment D. Avec un peu de chance, cette semaine on aurait la possibilité de mettre un peu le nez dehors. Cela devait bien faire 3 semaines que je n’avais pas senti le grand air sur mon visage.

Ma soeur poussa la large double-porte du restaurant universitaire, avec toujours cette démarche un peu dansante et légère qui la caractérisait. Je m’engouffrai à sa suite et pénétrai à mon tour dans l’immense salle à manger du campus, qui était déjà bien remplie.

« Morgan, Armin, ici ! »

Je reconnus immédiatement la sympathique voix de James, la dernière pièce de notre trinôme tout puissant ! Fidèle à lui même, il contenait timidement sa voix grave pour ne pas trop déranger les autres étudiants.

« Oho, la table la plus prisée de l’établissement ! Tu nous fais honneur, mon ami !

– Une table à la hauteur de ses convives, appuya-t-il souriant.

– Monsieur Rhodson, toujours sur les bons coups ! Salut James ! »

Son regard illuminé se tourna timidement vers ma soeur, pour qui il semblait développer depuis quelques temps une affection particulière qui avait tendance à me gêner quelque peu. Mais la cohésion et la bonne humeur que nous partagions tous les trois me faisait toujours oublier ce petit déconvenu.

Avant d’aller nous servir, une vingtaine de minutes passèrent tandis que nous partagions les moments d’intérêt de nos matinées respectives. James semblait cela dit de moins en moins captivé par l’enseignement et tendait à la curiosité de l’exploration spatiale. Ses cours de culture Banu finiraient peut-être par lui servir, qui sait ?

« Pour ma part, cela n’a pas changé : je dirigerai une planète avant toi », me lança narquoisement Morgan, avant de se lever, nous invitant à faire de même.

Pratiquement parvenus aux couverts, un brouhaha venant de l’extérieur commença à envahir peu à peu le self. Cela ressemblait à une incompréhensible addition de voix qui cherchaient toutes à parler plus fort les unes que les autres.

Nous nous regardâmes tous les trois, avant de nous diriger d’un accord naturel vers la source de cette cacophonie intrigante. Ma soeur était visiblement plus enjouée qu’à l’habitude. Elle prit un rythme rapide et soutenu en tête de notre petit groupe. Notre curiosité était piquée.

Juste après le couloir qui nous amenait au hall principal, la porte massive du bâtiment s’ouvrit brutalement. L’atmosphère devint instantanément assourdissante, et le calme habituel de la pièce fût happé par une cohorte mal assortie d’universitaires et de militaires. Ces derniers semblaient pressés et directifs tandis que les autres, laissés malgré eux dans le sillage, tentaient à l’évidence de comprendre cette arrivée inattendue de soldats de l’UEE.

Je reconnus dans cet attroupement agité le professeur de logistique de James. Il tentait d’obtenir des explications de la part de celui qui devait être le chef du détachement militaire, sans succès. Plusieurs médailles hautement distinctives sur l’uniforme, son attitude transpirait l’assurance. Il avançait le regard droit et impassible, ignorant les interjections qui pleuvaient désespérément sur ses flancs. Deux soldats en armure lourde escortaient le gradé en direction du bureau des administrateurs.

Nous joignant au bruyant cortège, nous nous mîmes tous en tête d’en apprendre plus sur ce qui animait soudainement le campus. La tension ambiante s’amenuisait à mesure que nous approchions de l’administration, laissant petit à petit place à une atmosphère plus observative.

« Tu crois qu’ils viennent pour du trouble ? m’interrogea James.

– Comment le saurais-je ? En tous cas, vu leur empressement, il s’agit certainement d’une urgence !

– Aha, j’espère qu’ils viennent nous sortir de notre ennui ! »

Sans qu’elle se retourne, je devinai l’expression de joie impatiente sur le visage de Morgan, qui continuait à avancer gaiement. Mais connaissant le sérieux de l’UEE, il s’agissait certainement d’une affaire importante, surtout pour faire débarquer des soldats dans une université..

Après avoir dépassés la datathèque, nous arrivâmes finalement à la porte du bureau, qui était à demi-ouverte. Sans patience ni politesse, le leader militaire entra dans la pièce, le pas lourd et assuré. L’un des soldats l’accompagnant saisit la poignée pour fermer immédiatement la porte, avant de se ranger du côté droit, parfaitement symétrique à son collègue.

« Grrr… On veut en savoir plus, nous ! », lança ma soeur à leur intention.

Elle se tourna enfin vers nous, l’air un peu frustrée.

« Rassure-toi, Morgan, après une scène comme celle-là, je pense bien que nous aurons droit à quelques explications. », s’aventura notre ami.

Alors qu’aucun bruit venant de l’intérieur n’avait filtré dans l’immédiat, on entendit des voix s’échauffer et monter dans les gammes. La plus puissante des deux venaient sans doute du gradé, à en juger de son timbre très monocorde et intransigeant.

Après une vingtaine de secondes d’échanges virils et sévères, le ton finit par se calmer. La tête du directeur apparut alors derrière la porte qui venait de s’entrebâiller. Ses yeux parcoururent furtivement la petite assemblée, avant de s’arrêter de notre côté.

« Mademoiselle Fordur, allez me récupérer tout le contenu de nos cours et conférences sur les Tevarin à la datathèque, voulez-vous. »

Sans attendre une quelconque approbation, la porte claqua brusquement, comme pour introduire le silence gêné qui s’installa ensuite. Mais toute flattée qu’elle était, Morgan n’attendit pas un mot avant de faire demi-tour en vue de la datathèque.

Un peu bêtes, James et moi nous regardâmes un instant avant de nous reprendre pour la suivre. Les Tevarin ? C’est dingue, même plus de trois siècles après la dernière tannée qu’ils avaient essuyé, ils cherchaient encore querelle…

« Ils n’apprendront décidément jamais de l’histoire ceux-là, m’adressa James.

– Cela en devient ridicule, il faut croire que leur instinct guerrier reste plus fort que leur amour-propre. »

Engageant mon premier pas dans la salle la plus remarquable de notre établissement, je me surpris à être encore épaté par la grâce et la finesse de son architecture. Le très haut plafond vitré offrait un formidable puit de lumière ce lieu de connaissance, sous lequel les esprits s’exaltaient.

Morgan furetait entre les interfaces, son datapad à la main, dans un ballet de recherche intense et assidue. James et moi-même restions silencieux et pensifs, chacun de notre côté en train de se poser mille questions sur le pourquoi du comment. Je finis même par m’asseoir sur un siège qui se trouva à ma portée lorsque l’inactivité finit par me lasser.

Nous attendîmes bien dix à quinze minutes avant que ma soeur passe devant nous, pressée d’aller rendre le fruit de son dévouement. La tête de mon camarade suivit instinctivement la démarche de ma soeur, toujours ce sourire un peu trop évident aux lèvres.

Tels des Banu sous l’impulsion d’une bonne affaire, nous nous calâmes sur ses pas vifs et volontaires à destination des réponses à tout ce mystère.

Cependant, notre engouement fut de très courte durée. Dès l’instant où Morgan franchit le palier du bureau, les deux gardes nous renvoyèrent en arrière d’un signe de la main, alors que la porte se refermait derrière eux. Notre manque de résistance était sans doute lié à la présence de l’arme sanglée sur leur plastron.

Le message était clair, pas de curieux ! D’ailleurs, les personnes qui avaient suivi les soldats avaient fini par s’éparpiller, sans doute lassés de cette attente interminable. Tournant les talons pour m’éloigner du seuil, je vis que le directeur du campus était là, sur une chaise. Il avait la tête baissée et une attitude terriblement abattue.

« Vous allez-bien, Monsieur ? » me hasardai-je.

James, qui venait aussi de le remarquer, se rapprocha avec un air sans doute aussi interloqué que le mien.

« En dix ans de carrière, c’est la première fois qu’on me fout dehors de mon propre bureau ! Vous y croyez ?! Parce que moi, non ! », s’emporta-t-il subitement, levant vers nous un visage à la fois désabusé et excédé.

On sentit que cette réponse véhémente ne nous était pas vraiment adressée, et que le comportement houleux du directeur le fermait à tout échange. Il lui fallait juste extérioriser une frustration qui s’était accumulée face à l’UEE. Tout mal à l’aise que nous étions, nous reculâmes maladroitement vers le mur opposé en attendant que Morgan revienne.

Malgré cette ambiance incommodante, les secondes passaient, se transformant en longues et pesantes minutes. Au bout d’une demi-heure, je finis par proposer à James de retourner au self pour manger, ne sachant pas combien de temps cela allait encore durer. Un peu rétissant d’abord, il se résolut ensuite à me suivre.

Sans même nous en rendre compte, de plus en plus préoccupés par ce qui se tramait ici, nous mangeâmes sans un mot. Mon ami avait l’air encore plus inquiet que je ne l’étais, ne levant que très rarement la tête de son assiette.

Cela faisait maintenant plus d’une heure, et toujours rien. Tant pis, il fallait pousser notre retenue plus loin.

« Viens, allons ouvrir cette fichue porte. Nous verrons bien ce qu’ils nous diront.

– Je n’en peux plus d’attendre. Tu as raison, allons-y. »

Plus le temps avait passé, plus James s’était enfoncé dans son anxiété. Il était comme une bombe : d’apparence passive, mais renfermant un mécanisme bouillonnant en son sein. A chaque pas, notre allure s’accélérait, en cadence avec notre respiration. Quelque chose n’allait pas, et nous le sentions.

Mon ami, habituellement si tranquille et réservé, marchait lourdement devant moi, alors que je peinais à suivre son rythme. Soudain, à quelques mètres d’arriver, il s’arrêta net.

« Morgan ? Morgan ? Qu’est-ce… ?! »

Il reprit immédiatement sa course - cette fois à petite foulée - dévoilant le corps presque immobile de ma soeur sur un des murs. La zone était déserte, plus de soldat ni de directeur.

« Que s’est-il passé ? Morgan, dis-nous ! »

Son pantalon était complètement déchiré, ses jambes sales et tâchées de rouge. Son visage était en sang et elle avait du mal à articuler. Des larmes coulaient visiblement depuis un moment le long de ses joues…

« Ils m’ont… Les soldats, ils m’ont... »

Nous avions déjà compris. Elle était semblable à un jouet désarticulé, couverte d’ecchymoses et de crasse. La confusion se mit rapidement à envahir ma tête et mes idées commençaient déjà à se brouiller. Les voix autour de moi me parvenaient en étouffé.

Je constatais l’horreur de mes propres yeux, mais mon cerveau me préservait de trop y croire. J’étais perdu.

James, pour sa part, était déjà hors de contrôle. Je le vis entrer violemment dans le bureau, dont la porte avait été soigneusement refermée. Plusieurs voix grondèrent; je n’entendais plus les mots mais ça n’était pas une dispute, c’était un marasme non-retenu de rage et de colère.

Ma soeur tentait de bouger, mais je sentais bien que ses forces avaient été extirpées. Cela me fit prendre conscience de ma faiblesse et de mon incapacité à réagir dans une telle situation. Et quand bien même sachant cela, mes jambes refusaient de bouger.

Un coup de feu retentit. L’espace s’immobilisa. Une seconde détonation rompit à nouveau le silence, puis une dernière qui accompagna un bruit d’un sac de légumes qui s’écrase sur le sol. Le visage rouge et transpirant de haine de mon ami reparut derrière le battant de cette maudite porte.

« Je... J’ai… »

Il tentait de me parler, mais son esprit n’était plus en phase. Il ne parvenait plus à savoir si il devait être en colère ou triste, tiraillé entre la vue insupportable de ma soeur à l’agonie, et son acte meurtrier. Je parvins cependant, faible que j’étais, à revenir brièvement à la surface.

« Reste pas là ! Tu veux finir ta vie en taule ?! »

Je hurlai d’une voix bondissante et déchirée, tout en fouillant mes poches intérieures, les mains tremblantes et à demi-paralysées. Je finis par trouver le badge du vaisseau de mes parents.

« Prends le Herald et dégage, ils te prendront pas ! »

Je ne me reconnaissais pas, les mots sortaient de ma bouche avec de l’écume. James avait les yeux qui virevoltaient entre ma soeur et moi, incapable de réagir ou même de bouger.

« Allez ! », lui hurlai-je d’une voix sèche et mordante.

Il se reprit l’instant d’après, saisissant le passe dans ma main. C’était sans doute la dernière fois que je verrai son visage, habituellement si paisible et amical.

« Occupe-toi de Morgan, prends soin d’elle pour moi ! », lâcha-t-il dans un dernier regard.

C’est ce moment que je choisis pour m’effondrer au sol, les larmes commençant à me venir, et mon cerveau s’embrouillait de nouveau. Paradoxalement, tout était ralenti autour de moi, mais le temps se mit à passer à une vitesse fulgurante. Je ne parvenais pas à me reconnecter.

Je ne distinguais que vaguement les silhouettes qui s’agitaient de tous les côtés, certaines essayaient de me parler, mais pas moyen de reprendre mes esprits. Au fond du couloir, dans un flou total, les voix allaient et venaient, tandis que j’observais à travers le plafond de la datathèque les propulseurs du Herald qui disparaissaient dans le ciel de Mentor.


Adieu, mon ami.