Star Citizen Stories : Zéphyr Écarlate

Star Citizen Stories : Zéphyr Écarlate

Voici la troisième nouvelle de ma série Star Citizen Stories, toujours appuyée sur le lore de l'univers de Star Citizen. Cette fois-ci, rendez-vous dans le système Fora...


Zéphyr Écarlate

Alors que la tempête s’approchait inexorablement, l’air était de plus en plus saturé par cette foutue poussière rouge. Il fallait vraiment que je trouve un abris, avant de suffoquer au milieu de cette merde. Pas question de crever ici, j’avais déjà trop perdu. Le vent soufflait de plus en plus fort; je n’avais plus que cinq minutes tout au plus avant d’être englouti par cette masse de vent écrasante et implacable. On n’en connaissait qu’un qui en avait réchappé, et il n’était pas à envier, le pauvre gars.

Arrivé près de l’impasse qui me servait d’abris d’urgence depuis environ un mois et demi, je tentai de me retourner pour estimer la distance du sirocco. Mais à peine avais-je commencé à bouger la tête que deux ombres bondirent dans mon dos… Je reçus un premier coup derrière le crâne, asséné sèchement par un objet solide et lourd. Un sifflement sourd et linéaire s’infiltra immédiatement dans ma tête, et mon corps paralysé céda toute résistance pour s’étaler de tout son long.

S’ensuivit une série de coups, tantôt dans le ventre, tantôt dans le bas du dos. Je sentis une main palper rapidement mes poches, à la recherche des quelques crédits qu’il me restait pour finir la semaine. Un coup dur, encore un. C’était la quatrième fois que je subissais ce genre d’agression, mais il semblait que cela serait également la dernière; le mur de poussière était pratiquement sur moi. Pourquoi est-ce que ça tombait encore sur moi ? Un enchaînement de violents impacts métalliques résonnèrent furtivement derrière moi, sans que je puisse voir ce qu’il se passait. Une main me saisit vigoureusement par le col, et quelqu’un se mit à me traîner sur le sol, alors que ma vue commençait à s’obscurcir.

Lorsque je repris connaissance, la Grande Rouge était passée, et le calme était revenu. Mais où j’étais ? Et par dessus tout, comment est-ce que j’étais encore en vie ? Des monts de pièces de récup’ étaient disséminés un peu partout dans cet espace, qui ressemblait à un atelier de mécanique, ou quelque chose du genre. Tout était sale, mal rangé et poussiéreux ; bien à l’image de Shoel au final.

Je me levai laborieusement et sans geste brusque, bien conscient des fractures dont j’avais écopé avant ce merdier. Tandis que j’entamai un pénible déplacement en direction de la seule porte, j’entendis des pas se diriger de mon côté. Une grande silhouette apparut alors dans le cadre, dévoilant un visage qui m’était à moitié familier.

« Enfin réveillé ? »

D’abord méfiant, je restai sur mes gardes malgré la vive douleur qui dominait le bas de mon dos. L’homme plutôt costaud qui me faisait face avait l’air d’avoir à peine un ou deux ans de plus que moi.

« Vous… Vous vendez des pièces détachées dans le centre, non ?

– Tout juste.

– C’est vous qui m’avez sorti de là, je suppose ?

– C’est moi, mais garde tes remerciements pour toi. Je vais avoir besoin que tu m’aides sur un truc. Et je t’arrête tout de suite, il y a des crédits à gagner. »

Un peu confus, cela semblait tout de même être une bonne opportunité. Et les opportunités, c’était rare dans cette ville, et même sur toute cette foutue planète de charognards. Je n’hésitai donc pas une seconde avant d’accepter son offre, sachant bien que je n’avais plus rien en poche, et qu’un gringalet comme moi n’aurait pas une seconde occasion de ce genre. Il me proposa même de loger dans l’atelier, tant que je ne touchais pas à l’engin sous bâche au fond de la pièce.

Les semaines qui suivirent furent tout à fait lucratives, et la chance semblait avoir tourné ! Entre chaque tempête, le chef me donnait une liste de clients à livrer dans tout Shoel ;principalement des pièces mais aussi parfois de l’alcool artisanal qu’il distillait lui-même à partir d’une plante locale plutôt rare.

Au bout d’un peu plus d’un mois, il vint me voir dans l’atelier, alors que je préparais ma prochaine livraison.

« Arrête-toi une minute, j’aimerais te parler de mon projet. »

Il éveilla immédiatement ma curiosité. Il avait toujours été plutôt réservé, et nous n’avions jusqu’ici jamais vraiment discuté; en tout cas pas d’autre chose que du boulot.

« Ca fait maintenant plus d’un an que je suis arrivé sur ce taudis rempli de salopards en tous genres. Pour la première fois, j’ai l’impression que je peux faire confiance à quelqu’un. »

Quel mystère ! Je ne répondis pas car je sentais chez lui un besoin de s’exprimer qu’il avait sans doute dû contenir tout ce temps.

« Je vais bientôt partir de cette planète, j’ai à faire ailleurs ; hors du champ d’action de l’empire, si tu vois ce que je veux dire. Tout seul, je ne pourrai pas mener d’opération d’envergure, alors je pensais te proposer d’embarquer.

– Embarquer ? Embarquer à bord de quoi ? », lui demandai-je, un peu dubitatif.

Il était déjà en train de se diriger vers la partie sombre de l’atelier, vers la bâche défendue. Sans un mot, il se mit à en révéler le secret, faisant glisser la toile poussiéreuse et usée sur le sol. Un peu difficile d’abord de deviner de quoi il s’agissait, un logo d’Anvil Aerospace se profila, pour finalement laisser place, une fois le masque tombé, à la machine : un vieux Terrapin qui avait l’air pratiquement en état.

Captivé, je m'approchai du vaisseau, commençant à faire des allers-retours entre les propulseurs et le cockpit. Dans une espèce de silence religieux, une alchimie était à l’oeuvre, comme si nous étions tous deux à l’aube d’un changement. Je fus surpris en remarquant le sourire naissant sur le visage du chef, lui qui habituellement affichait une expression tout à fait neutre, voire même un peu triste.

La confiance. C’est le mot qu’il avait utilisé qui me revenait en tête; et c’est exactement ce que je ressentais en ce moment. Et autant dire que sur Hyperion, cette notion n’existe pas. Entre les groupes de pirates et les opportunistes sans honneur, la planète faisait la part belle à la méfiance.

« Ce matin, j’ai réussi à obtenir la pièce qui me manquait pour terminer de le réparer. Il sera terminé en fin de semaine, si tout se passe bien.

– Où vous avez appris à réparer des vaisseaux ? lui demandai-je, étonné d’un tel talent.

– Ici, parce que je n’ai pas eu le choix. Pour survivre, mais aussi pour me permettre de quitter cet endroit. »

J’imaginais bien ce qu’il avait dû traverser. La vie était dure à Shoel, et encore plus quand on travaille en solo ; j’en étais un bel exemple. Généralement, on ne vit pas sur ce caillou par pur plaisir des vols et des meurtres.

Je m’approchai de lui, puis tendis ma main droite dans sa direction, l’invitant à sceller notre accord. Il la saisit franchement et la serra avec une grande sincérité, complétant alors une poignée de main forte et honnête. Sans avoir besoin de plus de mots, nous savions tous les deux la puissante amitié qui s’était installée à ce moment-là, sur une planète sans avenir.

En fin de semaine, quel ne fût pas mon plaisir lorsqu’en rentrant d’une course, je vis le vaisseau à l’extérieur, sur le côté de l’atelier. Il était pratiquement prêt à partir, le chef en était à sa dernière inspection d’ensemble. Il faisait le tour et à l’évidence, le moindre détail ne pourrait pas lui échapper !

Alors que je me dirigeais vers lui, je fus heurté violemment sur le côté par quelqu’un que je ne pus même pas identifier. Avant que je ne puisse vraiment saisir la situation, l’individu sortit une arme de gros calibre de sous sa veste, tenant mon ami en joue.

« Tu me mets toutes les pièces de valeur dans un bac, grouille-toi. Si tu me causes pas d’emmerde, tu pourras encore te lever demain. », imposa-t-il d’un sang froid absolu.

Mais pendant que mon camarade, sous la contrainte, commençait à desserrer quelques boulons, milles idées noires gravissaient la pente escarpée de mon âme. Je ne pouvais pas laisser ce fumier nous enlever nos rêves, d’ailleurs mon index était déjà posé sur la gâchette du Gemini que j’avais acheté deux semaines avant. Je me rapprochai en douceur dans le dos du braqueur qui avait les yeux méfiants rivés sur le chef.

À environ un mètre-cinquante de lui, je tendis le bras en direction de sa tête. Sans doute par vigilance, il commença à tourner la tête vers moi. Mais avant que ses yeux puissent croiser mon regard déterminé, le coup partit ; éclatant son crâne par la tempe gauche. C’était déjà terminé. C’était facile, en fait.

« On dirait qu’on va pouvoir partir finalement. »

Mon ami, toujours très calme, décrocha un sourire soulagé, et en même temps reconnaissant.

« Allez, va récupérer tes affaires, on fout le camp.

– J’y vais tout de suite ! », laissai-je échapper, enjoué.

J’étais fier de ce que je venais de faire. Cette fois-ci, je n’étais pas ce faiblard qui accepte tout le mal qu’on peut lui faire; et la riposte avait été impitoyable et sans sommation.

Mon sac à peine rempli de moitié sur le dos, je rejoignis le capitaine à bord. Il est vrai qu’il y avait un paquet de traces de chocs et de griffures, mais qui s’en souciait ? On pouvait même dire que ce vaisseau avait de la gueule, comme s’il avait déjà bien bourlingué. La porte du cockpit s’ouvrit.

« Encore merci pour tout à l’heure. Tuer pour la première fois, c’est pas forcément facile à encaisser… »

Il avait bien deviné, ma fragilité apparente avait dû me trahir. Il se montrait rassurant et semblait vouloir que tout soit clair pour nous deux avant de partir.

« Au fait, je t’ai jamais demandé ton nom », m’interrogea-t-il.

Merde, après presque un mois et demi, c’était vrai. On n’avait jamais eu l’occasion de s’appeler par nos noms, et ce malgré notre solide entente. Je lui répondis, un peu surpris par cette question, pourtant si évidente.

« Cox. Alexander Cox.

– Et bien Alexander, moi c’est James Rhodson. Je te propose qu’on ne s’éternise pas trop avec ce qui arrive. »

Au loin, la Grande Rouge balayait l’horizon, mais je n’en avais plus rien à foutre.